Le Cameroun ambitionne de devenir à l’horizon 2035 un pays émergent. En d’autres termes, un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Il s’agit d’un pays dont le revenu national brut par habitant est supérieur à 4036 dollars US par an, soit 2,4 millions de F. Or, en 2015, selon la Banque mondiale, le revenu national brut par habitant au Cameroun était de 1330 dollars US par an, soit 784 700 F. Ainsi, entre 2015 et 2035, le revenu national brut par habitant au Cameroun devra passer de 784 700 F à 2,4 millions de F par an, soit une augmentation moyenne de 80 750 F tous les ans sur 20 ans.
Pour atteindre cet objectif de revenu, la Banque mondiale estime que le Cameroun devra enregistrer un taux de croissance économique de 8% par an pendant 20 ans. Ce qui exige que son taux d’investissement passe de 20 à 30% du PIB et que sa productivité croisse de 2% par an, alors qu’elle a été de 0% en moyenne depuis 1994. Parmi les problèmes majeurs à résoudre pour y parvenir, l’institution de Bretton Woods pointe du doigt les obstacles à la productivité des entreprises camerounaises qui sont, entre autres, le « système de formation professionnelle peu efficace qui entrave la formation des travailleurs ». En clair, la qualité de la main d’œuvre est problématique. Il faut donc parfaire les structures de formation existantes afin qu’elles répondent mieux aux besoins du secteur privé productif, moteur de la croissance, de la création des richesses et des emplois, à côté du secteur public qui, dans la configuration nouvelle, doit se recentrer sur sa fonction de régulation et de promotion des activités économiques.
Dans cette perspective, les universités d’Etat du Cameroun entendent jouer leur partition. En contribuant à mettre sur le marché de l’emploi non plus seulement des têtes bien pleines vouées au chômage, mais aussi et surtout des têtes bien faites, c’est-à-dire des jeunes qui ont des connaissances pratiques pour transformer la matière. Parce que c’est l’école camerounaise qui doit fournir à l’économie les cadres et technologues dont elle a besoin pour se développer. Sinon, cette économie est condamnée au sous-développement, faute de ressources humaines capables d’impulser le changement.
A l’heure de l’économie du savoir, l’accent doit être mis sur la formation de la matière grise qui constitue en réalité la matière première essentielle. C’est pourquoi il faut encourager le changement de paradigme illustré par le vent de professionnalisation-employabilité qui souffle actuellement sur nos universités d’Etat. Celles-ci, en plus des instituts privés d’enseignement supérieur, doivent s’adapter aux exigences du marché du travail, afin qu’on n’ait plus à aller chercher des soudeurs spécialisés en Colombie comme ce fut le cas pendant la construction du pipeline Tchad-Cameroun. La formation en alternance (université-entreprises) doit par conséquent devenir une réalité palpable pour que les étudiants acquièrent l’indispensable know how. C’est un impératif catégorique.
– cameroon-tribune.cm