Cameroon Mangrove Ecosystem Restoration and Resilience (CAMERR)
Produit 3 : Les capacités d’autonomisation socio-économiques des populations locales sont
renforcées par des Activités Génératrices de Revenus (AGR)
Etude diagnostique pour l’implémentation de fumoirs améliorés dans le cadre de l’activité de fumage de poisson dans les villages de Mbengué Dikoumé, Youmé 1 et Youmé 2
Termes de référence
1. Contexte et justification
Les régions côtières du Cameroun de par leurs multiples opportunités économiques sont aujourd’hui un pôle
d’attractivité générant une importante croissance démographique. Cette pression humaine menace les
écosystèmes forestiers du littoral camerounais, affectant considérablement les habitats de la faune, la
biodiversité et plus généralement les ressources naturelles, et donc les moyens d’existence des communautés
riveraines.
Dans ce contexte, la plantation de palétuviers pour régénérer l’écosystème de mangrove, l’un des plus
puissants puits de carbone naturels au monde, a été identifiée localement comme l’une des options prioritaires
pouvant contribuer à restaurer l’environnement de cette zone agroécologique sensible et donc son rôle dans
l’atténuation du changement climatique. Il s’agit par ailleurs de soutenir l’émergence ou le renforcement de
chaînes de valeurs basées sur la biodiversité, en faveur du développement local des communautés et du
renforcement de leurs capacités d’adaptation au changement climatique.
Alors que plusieurs initiatives de reforestation ont été menées par divers acteurs et où les besoins en
plantation sont encore immenses (le littoral camerounais comptant plus de 220 000 ha de mangrove, déjà
partiellement dégradée voire détruite), le présent projet de « Restauration de mangrove en appui à la
résilience des communautés et à la protection de la biodiversité» vise à contribuer, à terme et à son échelle,
à une gestion durable des écosystèmes forestiers côtiers de la zone en réduisant les vulnérabilités
économiques et sociales des communautés locales. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, il est prévu
entre autres de renforcer les capacités d’autonomisation socio-économiques des populations locales et des
femmes en particulier, à travers notamment l’amélioration du système de fumage utilisé par les fumeuses de
poisson. En effet, la mise en place de fumoirs améliorés contribue à réduire la pression sur les forêts de
mangrove (besoin de moins de bois pour fumer la même quantité de poisson), et à améliorer la santé des
femmes qui fument les poissons. De nombreuses études et expérimentations sur différents types de fumoirs
existent à ce jour, notamment menées par le CIFOR-ICRAF et par l’OSC Cameroun-Ecologie (Cam-Eco), dans le
cadre du projet GML (Governing Multifunctional Landscapes).
Néanmoins, malgré ces nombreuses études sur le sujet, certaines zones d’ombres persistent pour bien
déployer cette activité, notamment :
• Le nombre de groupes de femmes fumeuses, leurs effectifs, et leur organisation sociale au sein de
chacun des villages des groupes de femmes fumeuses et leur organisation sociale au sein de chacun
des villages
• La taille de fumoir adéquate pour chacun des groupes (qui dépendra directement de l’effectif du
groupe estimé préalablement).
• Le.s prototype.s de fumoirs améliorés à installer au regard de leurs avantages / inconvénients et des
pratiques existantes
Pour ce faire, la nécessité d’un diagnostic se pose à l’effet :
• D'identifier le type de fumoir à installer
• D'Evaluer la faisabilité
• De déterminer les limites éventuelles de ce dernier.
Le présent document présente les détails liés à la réalisation de cette étude diagnostique.
2. Objectifs de l’étude
Cette étude diagnostique visera à identifier les caractéristiques (nombre, prototypes, dimensionnement,
localisations, etc.) des fumoirs améliorés à implémenter au sein des localités dans le cadre de l’activité de
fumage, afin que cette implémentation soit durable et pérenne, tant d’un point de vue environnemental,
qu’économique, social et culturel.
Spécifiquement, il s’agira de :
1. Analyser sous un prisme social & culturel l’activité de fumage de poisson au sein des localités
Plusieurs questions sous-tendent ce point :
• Quel profil des femmes fumeuses (origine, niveau de formation et qualification, âge, etc.) ?
• Quelle organisation du travail dans le cadre de cette activité de fumage (activité individuelle, intrafamiliale ; entraide et coopération entre femmes fumeuses ; associées à plusieurs ; employées ?
• Quelle gouvernance des structures de fumage de poisson / fumoirs et sur quels critères se regroupentt-elles ?
• Quelle appréciation des femmes fumeuses et autorités locales pour la mise en place de regroupements
/ associations de femmes fumeuses ?
• Quelle perception de leur activité (projection à long terme ou activité perçue comme transitoire,
perception des enjeux sanitaires de l’activité sur les fumeuses et de l’évolution de l’activité en lien avec
la coupe de mangrove) ?
2. Analyser sous un prisme économique l’activité de fumage puis plus largement la filière fumage de
poisson
L’objectif est de comprendre le fonctionnement économique de l’activité de fumage pour estimer à
terme les impacts économiques liés à l’implémentation des fumoirs améliorés (notamment en termes
d’amélioration du revenu).
2.1. Analyse micro-économique (ciblée sur l’activité de fumage) :
• Le consultant produira un compte d’exploitation type de l’activité de fumage avec un fumoir
traditionnel (avec notamment un ordre de grandeur des charges dédiées à l’achat des
combustibles de cuisson)
• Quelle saisonnalité de l’activité de fumage ?
• Quels principaux critères utilisés pour la fixation du prix du poisson fumé (taille, qualité nutritive,
organoleptique, etc.) ? Quelle qualité des poissons fumés actuellement produits avec les fumoirs
traditionnels ? Le type de fumage (traditionnel ou amélioré) impacte-t-il positivement la qualité
du produit et donc son prix ? Quel impact le fumoir amélioré a-t-il sur la marge bénéficiaire /
rentabilité de l’activité de fumage ?
• Quelles pratiques de fumage actuelles, quels sont les différents types de fumoirs utilisés et
pourquoi ? Quels avantages / inconvénients de l’utilisation des fumoirs traditionnels d’un point
de vue économique ?
2.2. En complément : quelques éléments d’analyse macro-économique sur la filière :
• Quels principaux bassins de production de poisson fumé au Cameroun ?
• Quelle organisation & fonctionnement de la filière, et relations économiques entre les différents
maillons de celle-ci (production, transformation, commercialisation) ?
• Quels circuits d’approvisionnement avec les coupeurs de bois (dont combustibles et donc
palétuvier) et quels circuits de distribution privilégiés ?
• Quelle segmentation du marché du poisson fumé (produits avec plus grandes valeurs ajoutées) et
quelles réglementations sanitaires et certifications existe-t-il ?
3. Analyser l’impact environnemental attendu de la mise en place de fumoirs améliorés
Ces fumoirs améliorés étant plus efficients que les fumoirs traditionnels (comparatif des quantités de
bois nécessaires, temps, et des coûts liés à cette ressource), ils permettent d’une part d’utiliser moins
de combustibles, mais aussi très souvent de réduire le temps de cuisson, en plus d’avoir également
une plus grande capacité de fumage. Un des risques est d’augmenter les volumes de production et
intensifier l’activité de fumage, et in fine ne pas baisser la pression sur la coupe de bois de mangrove.
• Quels risques associés et comment les mitiger ?
3. Méthodologie
Etant une étude technique et pratique, la méthodologie utilisée sera essentiellement participative. Elle
comportera aussi bien des échanges en plénière que des visites sur sites des fumoirs dans les communautés
de l’arrondissement de Manoka.
Voici les principales étapes suggérées :
1. Analyse de l’existant
(05 jours au minimum)
• Bibliographie et état de l’art sur l’activité de fumage de poisson (Afrique de l’Ouest et Cameroun) et
sur la filière fumage de poisson : identifier les écueils méthodologiques et les principaux résultats &
risques identifiés pour chaque étude, et conditions de réussite de la filière.
Pour ce faire, des ressources bibliographiques seront mises à disposition pour le consultant par CamEco et d’autres partenaires.
• Etudier les impacts positifs et écueils de la mise en place des fumoirs améliorés par nos partenaires
(Cam-Eco à Manoka et CWCS à Yoyo, mais aussi à Mouanko).
Pour ce faire, des échanges avec les communautés ayant bénéficié de ces fumoirs seront à prévoir en
plus des échanges avec nos partenaires.
2. Collecte de données qualitatives et quantitatives à Youmé 1 ou Youmé 2, Mbengue Dikoumé,
Mouanko et Manoka
(4 jours x 3 = 12 jours)
Réalisation d’enquêtes(focus group et/ou entretiens semi-directifs) auprès desfemmes fumeuses, des
ménages des localités concernées, des autorités locales (dont chefferies traditionnelles), et des
différents acteurs de la filière (pêcheurs, coupeurs de bois, commerçants) pour répondre aux
problématiques et questionnements (socio-culturels, économiques et environnementaux) énoncés
précédemment. Lors de cette étape, identifier et représenter à l’aide d’un sociogramme les
groupements de femmes fumeuses cohérents au regard des dynamiques socio-culturelles existantes.
Pour permettre à la communauté de contribuer de façon efficace à cette étude, une communication
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leur sera préalablement faite quelques jours avant l’arrivée de l’équipe chargée de l’étude afin que
celle-ci soit imprégnée et préparée pour le bon déroulement des travaux.
3. Benchmark des fumoirs améliorés proposés par les fournisseurs
(durée à définir par le consultant)
Avec l’appui des partenaires CAMERR, comparaison des performances des différents prototypes
notamment sur le critère d’efficacité énergétique, puis identification des acteurs de la construction
des fumoirs améliorés.
4. Traitement, analyse des données collectées sur le terrain et rédaction du rapport final (analyse
avantages / inconvénients des fumoirs améliorés existants)
(11 jours)
Au terme de ces analyses, présenter :
• Les risques appréhendés et les conséquences socio-économiques potentielles de la mise en place de
fumoirs améliorés (analyse AFOM), afin de s’assurer que celle-ci soit rentable sur une durée de 10 puis
40 ans.
• Le prototype de fumoir amélioré optimal par village, au regard de plusieurs critères :
o Environnementaux (réduction maximale de la consommation du bois de mangrove)
o Sanitaires (amélioration de la santé des femmes)
o Pratiques (solidité dans la durée, facilité d’usage et de maintenance. Une attention
particulière sera portée sur le type de grillage le plus adéquat).
• Le nombre, la taille des fumoirs idéal par village et leur localisation au regard des dynamiques socioculturelles préexistantes
Spécifiquement à Mouanko, où il semblerait que peu de fumoirs améliorés aient été implémentés au
regard des besoins, il serait judicieux d’évaluer s’il est a priori pertinent ou non d’installer à nouveau
des fumoirs améliorés dans ce village.
• Avec l’appui de Cam-Eco, un protocole d'utilisation et de maintenance de ces fumoirs sur 10 ans, à
destination des groupements de femmes (4 jours)
Tout autre élément méthodologique pertinent pourra être proposé par le consultant.
4. Résultats attendus
Un livrable (rapport final de l’étude) est attendu à l’issue de l‘étude, qui répondra aux résultats suivants :
• Identification des groupements de femmes cohérents avec une structure par groupe bien définie
(rôles et responsabilités).
• Identification d’un modèle de fumoir adapté à l’existant et avec une maintenance facile.
• Estimation de la réduction de la consommation de bois de mangrove par fumoir et proposition
d’autres indicateurs pertinents pour évaluer l’impact de l’implémentation des fumoirs améliorés.
• Estimation de l’évolution probable du revenu des femmes fumeuses avec l’implémentation de ces
fumoirs améliorés.
• Proposition d’indicateurs socio-économiques pertinents pour le suivi-évaluation de cette activité
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D’autres livrables, qui seront annexés au rapport final de l’étude, sont attendus :
• Compte d’exploitation type pour l’activité de fumage de poisson
• Protocole d'utilisation et de maintenance de ces fumoirs sur 10 ans
• Rapport d’analyse de l’existant.
Les résultats de cette étude diagnostique permettront ultérieurement au partenaire Cam-Eco :
• D’établir un plan de sensibilisation pertinent et cohérent au regard des dynamiques existantes pour :
o Sensibiliser les femmes à l’adoption des fumoirs améliorés et à la mise en place de groupement
ou associations de femmes fumeuses structurées (avec notamment des personnes chargées
de l’entretien de ces fumoirs).
o Sensibiliser de manière accrue à les coupeurs de bois à une exploitation plus raisonnée du bois
de mangrove
• De former et sensibiliser à une gestion financière et opérationnelle pérenne et raisonnée.
• D’établir un plan d’action pour légaliser et institutionnaliser ces groupements de femmes, en lien avec
les autorités locales
5. Participant(e)s
Cette séance de travail, sera essentiellement inclusive. Elle impliquera les hommes, les femmes, les filles, les
jeunes, les allogènes (communautés étrangères), les handicapées et enfin les autorités traditionnelles.
6. Profil attendu du consultant
Profil agro-économiste privilégié, avec des connaissances solides en sociologie et ethnologie requises.
Expérience significative (au moins 5 ans) en analyse socio-économique de l’activité de fumage de poisson et
de fumoirs amélioré fortement souhaitée. Une expérience passée dans la réalisation d’enquêtes directement
auprès de femmes fumeuses est souhaitée.
La connaissance des écosystèmes de mangroves est souhaitée.
La connaissance de la zone géographique est souhaitée.
Bilingue en français et anglais. La connaissance du bakoko (langue locale) et pidgin nigérian est un plus.
7. Lieu et date
L’étude se déroulera dans les communautés de Mbengue Dikoumé, Youmé (1 et/ou 2, à définir ultérieurement
en fonction des contraintes de temps), mais aussi à Manoka et Mouanko, où des fumoirs améliorés ont été
installés par Cam-Eco avec l’appui financier du CIFOR.
8. Programme de l’étude
L’étude se déroulera en trente-deux (32) jours. Le chronogramme est à proposer par le consultant.
La mission débutera à la signature du contrat, et se terminera à l’acceptation du rapport final. Le calendrier
envisagé est le suivant :
• 5 mars 2025 : lancement de l’appel d’offre
• 19 mars 2025 : remise des offres techniques (chronogramme)
• 21 mars 2025 : notification du contrat
• 24 mars 2025 : début de la mission
• 6 mai 2025 : fin de la consultation
Ce calendrier sera ajusté avant d’être intégré au contrat signé avec l’attributaire du marché.
Pour faire acte de candidature à cette consultance, chaque candidat doit envoyer outre son CV, une
offre technique et financière au Coordinateur du projet CAMERR à l’adresse : moustapha.mamanjayou@planete-urgence.org, en copiant la Coordinatrice du projet FORET de Planète Urgence et
la Conseillère technique AGR et sensibilisation, respectivement aux adresses mails :
melisande.brunel@planete-urgence.org et valentine.le-cras@planete-urgence.org
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